[Septembre] Plateau de la Molière
C'est sous un ciel nuageux que j'entreprends de gravir le Vercors par Engins jusqu'au col de la Croix Perrin. A la Croix, j'emprunte une bifurcation pour rejoindre une petite route forestière menant au Plateau de la Molière (1632m). En pénétrant dans la forêt, le contraste est saisissant: jusqu'à la Croix Perrin, la circulation automobile est assez importante alors que sur cette petite route, elle est inexistante: pas une voiture, seulement quelques vaches qui imposent par moments de petits slaloms. J'avance à un petit rythme sur cette route très agréable, à la pente douce, perdue au milieu des bois. De temps en temps, quelques coups de tonnerre résonnent au loin. Arrivé au Plateau, la vue est panoramique et le calme absolu. Je m'installe tranquillement dans l'herbe pour me ravitailler et profiter du lieu. Ensuite, plutôt que d'emprunter la route de l'aller, je décide de descendre par Autrans. Un peu plus bas, je remarque un tunnel. La route qui mène à ce tunnel est barrée. Je devine que c'est la route qui conduit à Montaud. Sur ma carte, il y a marqué "Tunnel Fermé" et pas "Route Fermée"... Le tunnel n'a pas l'air en si mauvais état: je me résouds à le traverser avec l'intention de continuer jusqu'à Montaud pour basculer à l'extrême nord du Vercors - avec l'idée de prolonger mon périple par le Col de la Charmette. De l'autre côté du tunnel, une dalle cassée indique qu'il s'agit du tunnel du Mortier et que ce tunnel a été inauguré en 1968 pour les Jeux Olympiques. Il y a de nombreux rochers à la sortie du tunnel. Un peu plus loin, la route paraît praticable à vélo. Je continue en pensant que Montaud est tout prêt. Plus j'avance, plus les obstacles prennent de l'ampleur: les petits cailloux parsemant la route se transforment en immenses rochers. Puis, je finis par me demander où est passée la route tellement il y a de rochers. Je me rends à l'évidence: la route n'existe plus, elle a été avalée par les éboulements. Hésitant entre m'enfoncer dans la forêt et emprunter un petit sentier très raide et boueux, je décide de m'aventurer sur le petit sentier. Le petit sentier est si raide qu'il exige qu'on se serve de tout son corps pour le traverser. Pour de ne pas dégringoler de plusieurs centaines de mètres, il faut impérativement s'agripper à des branches et des racines. Je prends rapidemment conscience de la difficulté de l'exercice lorsqu'on est accompagné d'un vélo. La meilleure technique que je trouve pour avancer est de glisser sur les fesses en faisant glisser mon vélo à côté de moi et en gardant une main libre pour m'accrocher à de petites branches. Puis, je perds la trace du sentier. Je me retrouve alors seul sur un flanc de montagne instable, sans végétation et redoutablement abrupt. Dès que je bouge, des cailloux roulent vers le bas. Je ne sais plus que faire de mon vélo. Il m'encombre énormément. Faire demi-tour me semble très difficile car monter les portions que j'ai descendu me paraît nettement plus périlleux. En abandonnant mon vélo, je m'en sortirais probablement indemne. Mais quand même, on abandonne pas un vélo! Le pauvre! Avec lui, j'ai fait tant de kilomètres, grimpé tant de cols! Je continue donc à avancer prudemment. Il faut que je m'enfonce dans une petite crevasse très glissante pour traverser un cours d'eau. Mon vélo manque de tomber au bas de la falaise au cours de la manipulation. Je suis contraint de pratiquer de douloureux mouvements de contorsion pour préserver mon équilibre. Après avoir traverser le cours d'eau, je retrouve un petit sentier montant. Me voilà au paroxysme de la galère, tellement c'est raide, boueux et glissant. Je n'ai plus de souffle. Je n'en peux plus. Je n'arrive plus à porter mon vélo et à m'agripper aux racines. L'ascension est longue, éprouvante, laborieuse. Puis, alors que je commence à désespérer tant c'est abrupt et impraticable, je retrouve la route! Quelques rochers traînent par-ci par-là sur le goudron. Une broutille. Un peu plus bas, je franchis une dune qui me permet de regagner la portion ouverte et entretenue de la route. Mon maillot est un peu rouge. La sang a coulé, mais, une fois de plus, moi et mon fidèle compagnon, El Spego, sommes sortis de cette aventure indemnes.
Par la suite, éprouvé par la descente du Plateau de la Molière, j'ai finalement renoncé à la Charmette. Le panache fait défaut, l'été se termine.


























































Par la suite, éprouvé par la descente du Plateau de la Molière, j'ai finalement renoncé à la Charmette. Le panache fait défaut, l'été se termine.


























































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